Finies les oranges!
Conférer une dimension tactile aux simulations sur ordinateur révolutionnera la formation d’une foule de professionnels, des infirmiers aux artificiers.

Depuis des générations, les étudiants en soins infirmiers apprennent à donner des piqûres sur des oranges. Mais une toute nouvelle branche de l’informatique propose une méthode d’apprentissage beaucoup plus réaliste.

Elle remplace l’orange par un ordinateur conjugué à un couple moniteur‑miroir et à un périphérique conçu pour imiter une seringue. Les étudiants manipulent la simili‑seringue, grâce à laquelle ils « sentent » la résistance de la peau et des tissus sous‑cutanés, et voient l’aiguille pénétrer dans un bras humain sur le moniteur. La clé est le dispositif haptique (du grec toucher) relié à la simili‑seringue. Mû par des moteurs miniatures et commandé par un logiciel sophistiqué, il crée le retour d’effort nécessaire.

Après une « injection », le système analyse la performance de l'étudiant du point de vue de l'angle et de la pression, puis suggère s'il y a lieu des améliorations.


Concrétiser les découvertes
Jack Treuhaft prendra cette année sa retraite après une longue et brillante carrière. Interrogé sur l’importance de la recherche, il a fait par de son point de vue, en particulier sur le rôle des collèges…

« Il ne faut pas oublier qu’il y a différents types de recherches. Bien entendu, il y a la recherche fondamentale sur de longues périodes et les efforts de recherche à moyen terme, menés par les universités et quelques grandes entreprises. Mais il est tout aussi important de trouver des applications à ce savoir, c’est‑à‑dire de générer de nouvelles idées et concevoir assez rapidement de nouveaux produits à partir de celui‑ci — en d’autres mots, de concrétiser les découvertes. Voilà, à mon avis, le rôle des collèges. »

Algonquin s’est justement associé dans ce but à l’entreprise ontarienne Handshake VR, qu’il aidera à concevoir des logiciels pour la programmation des dispositifs haptiques. D’ailleurs, c’est en partie grâce à sa participation si Handshake VR a réussi à obtenir du capital de risque.


Ces simulations médicales sont parmi les nombreuses applications étudiées par Jack Treuhaft au Algonquin College d’Ottawa. Lui et ses collègues ont également mis au point un poste de formation permettant aux chirurgiens de se familiariser avec de nouvelles techniques — même à distance. L’haptique pourra aussi se prêter à la formation des personnes appelées à manipuler des matières ou objets dangereux. « Bref, l’haptique est une bonne solution chaque fois qu’il est préférable de se pratiquer avant de vraiment passer à la pratique! », résume M. Treuhaft.

Cela dit, c’est probablement dans le domaine des commandes que la technologie aura le plus d’applications. L’explosion du marché des divertissements interactifs créera une demande pour des commandes de plus en plus raffinées. Et l’haptique occupera une place croissante dans toutes sortes de systèmes de commande. Un fabricant de voitures l’utilise déjà pour la régulation de l’ambiance. « C’est l’une de ces technologies qui sera intégrée sans qu’on s’y aperçoive à une multitude de choses. »

Afin d’aider l’Ontario à rester compétitive dans ce domaine en évolution rapide, le Fonds ontarien pour l’innovation a fourni des sommes considérables à Algonquin pour lui permettre d’acheter du matériel haptique. Son investissement produit déjà des retombées. L’un des étudiants de M. Treuhaft s’apprête à démarrer sa propre entreprise d’haptique. Et le programme d’haptique offert à Algonquin arme une nouvelle génération de programmeurs : « L’haptique est très exigeante du point de vue de la programmation. Il n’est pas rare de voir des finissants en programmation embauchés parce qu’ils ont acquis une expérience en haptique à Algonquin », explique M. Treuhaft.

Projet : Hi Fidelity Hapto-Visual Research Centre
Institution : Algonquin College
Disciplines : Engineering/Information Technology
Chercheur principal : Jack Treuhaft
Investissement du Fonds ontarien pour l'innovation : 152 247 $
Investissement global dans la recherche, toutes les sources
de financement confondues :
381 437 $


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