Guérison dans le potager de l’organisme
Molly Shoichet, chercheure à l’Université de Toronto,
cultive l’espoir pour les victimes de traumatismes cérébraux et médullaires.



Molly Shoichet, Ph.D., utilise – avec prudence – une métaphore agricole pour décrire ses recherches. « Si vous essayez de cultiver une plante en particulier, vous avez besoin de terre et de bons éléments nutritifs. Ensuite, vous plantez les semences et, si l’environnement est propice, vous aurez du succès. »

Mais si vous voulez « cultiver » des tissus cérébraux ou médullaires et que vous devez créer vos propres versions de terre et de semences et que l’environnement est aussi complexe que l’organisme humain... eh bien, la tâche n’est pas si simple.

Mme Shoichet travaille à l’Université de Toronto à la frontière d’une discipline connue sous le nom de génie tissulaire ou de médecine régénérative. Ses travaux de recherche pourraient un jour permettre aux chirurgiens de mettre en place une matrice ou un « échafaudage » tridimensionnel microscopique – la « terre » en quelque sorte – dans une section endommagée du cerveau ou de la moelle épinière, puis de l’imprégner de cellules souches – les « semences » – qui pousseront pour donner une nouvelle culture de tissus nerveux sains qui restaure complètement la fonction.

De plusieurs façons, les semences et de la terre sont de bonnes illustrations des deux principaux axes de recherche de Mme Shoichet. Pour obtenir la culture désirée, vous devez d’abord planter la bonne semence. Dans ce cas, il s’agit des cellules souches « progénitrices ». Les cellules souches non différenciées ont la capacité de se développer pour devenir n’importe quel type de tissu; les cellules « progénitrices » ont franchi une première étape de développement et ont la capacité de devenir un type de tissu particulier – dans ce cas, le tissu nerveux.

Mais comme tous les jardiniers vous le diront, les semences ne sont que le point de départ. L’environnement doit également être propice : la structure du sol, les éléments nutritifs nécessaires, les bonnes quantités d’eau et de soleil. Mme Shoichet fournit l’explication suivante : « Nous nous demandons quelles substances doivent être présentes ou ajoutées pour permettre la survie et la croissance des cellules et quels mécanismes pourront favoriser leur croissance. »

Les défis sont énormes, les questions sont nombreuses. Quels facteurs poussent les cellules progénitrices à se différencier et à devenir des types particuliers de tissus nerveux : des neurones qui traitent et transmettent l’information plutôt que des oligodendrocytes qui forment une gaine protectrice autour des neurones? Quel type de matériau convient le mieux à la fabrication de l’échafaudage qui guide la croissance du tissu neuronal? (Mme Shoichet envisage une gamme de polymères naturels et synthétiques.) Comment pouvons-nous éviter que la récolte de cette nouvelle culture ne soit détruite par le système immunitaire de l’organisme? Et ainsi de suite.

« En réalité, le cerveau et la moelle épinière sont probablement les organes les plus complexes de l’organisme, explique-t-elle avec un rire piteux. Lorsque j’ai commencé dans le domaine, je me disais “Super! Il n’y a pas trop de chercheurs dans ce domaine”. Mais en apprenant de plus en plus de choses sur le sujet, j’ai compris pourquoi. »

Pour répondre à toutes ces questions sur la médecine régénérative, une approche interdisciplinaire est nécessaire; Mme Shoichet, qui a une formation en chimie et en génie, travaille en étroite collaboration avec des biologistes cellulaires, des neuroscientifiques et des chirurgiens. Leurs efforts concertés ont mené à des améliorations progressives en restaurant la fonction à la suite d’un traumatisme cérébral ou médullaire. Elle évite toute forme de spéculation sur le temps qu’il faudra attendre avant de voir les paraplégiques se lever de leur fauteuil roulant et recommencer à marcher. Mais elle est confiante, voire même optimiste.

« Nous n’en sommes pas là, mais le futur semble très prometteur. Il s’agit d’un sujet très motivant, très excitant. »
Projet : Engineering Neural Tissue
Institution : University of Toronto
Disciplines : Engineering/Health Sector
Chercheur Principal : Molly Shoichet
Investissement du Fonds ontarien pour l’innovation : 319 190 $
Investissement de la Fondation canadienne pour l’innovation : 319 190 $
Investissement global dans la recherche, toutes les sources
de financement confondues :
826 587 $

 

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« Semences » polyvalentes : une variété unique de cellules souches (en haut à gauche) peut se spécialiser pour donner plusieurs types différents de cellules nerveuses.
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