Depuis une rencontre avec un patient atteint de schizophrénie au début des années 1990, cette maladie est le principal intérêt de recherche de Stefan Everling.
Tout a commencé lorsque le spécialiste du cerveau de la University of Western Ontario travaillait sur son doctorat en physiologie du cerveau en Allemagne. Sa dissertation comprenait une étude des patients atteints de schizophrénie. Au cours d’une entrevue, un de ces patients s’est tourné vers lui et a dit : « Vous devez faire quelque chose. Ces médicaments sont terribles, ils ont tellement d’effets secondaires. Vous devez vraiment trouver quelque chose ».
Depuis, M. Everling, Ph.D., s’intéresse inlassablement à une maladie sur laquelle la société évite souvent de porter son regard. Ironiquement, ses recherches sur la capacité du cerveau de maintenir un regard fixe pourraient fournir des indices sur le fonctionnement de la schizophrénie.
Les chercheurs qui s’intéressent au cerveau savent depuis longtemps que les personnes atteintes de schizophrénie, ainsi que d’autres troubles du cerveau tels que le déficit de l’attention, présentent des mouvements oculaires révélateurs dans certaines conditions. Lorsqu’on leur demande de fixer leur regard sur une cible visuelle, par exemple, elles sont incapables de résister au réflexe de détourner le regard pour observer un stimulus périphérique, tel qu’un éclair de lumière. Les sujets qui ne présentent pas le trouble peuvent résister à l’impulsion.
M. Everling utilise la technologie de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire pour voir quelles régions du cerveau d’un sujet présentent des signes d’activités à ces moments. Puisque ces régions semblent réagir différemment chez les patients atteints de schizophrénie, il est raisonnable de croire qu’ils jouent un certain rôle dans le fonctionnement de la maladie – et qu’un traitement qui ciblerait ces régions pourrait être particulièrement efficace. « Le plus gros problème des médicaments actuels contre la schizophrénie, explique M. Everling, est qu’ils sont tous administrés de façon systémique. Ils inondent tout le cerveau. Si nous savions quelles régions sont responsables de la maladie, nous pourrions cibler davantage les traitements médicamenteux et causer moins d’effets secondaires. »
En utilisant l’équipement financé en partie par le Fonds ontarien pour l’innovation, M. Everling a ciblé deux ou trois régions potentielles. Mais il avertit que la route menant à l’élaboration de toute forme de traitement sera longue. « Je ne veux pas fixer d’échéancier. Nous n’en sommes qu’au début de nos recherches. »
Lorsqu’on l’interroge sur l’importance de ces travaux de recherche pour l’Ontario, M. Everling rappelle qu’une personne sur cent au Canada est atteinte de schizophrénie. Il souligne également que, pour le système de santé, les coûts associés au traitement des patients psychiatriques sont plus élevés que ceux associés au traitement du cancer.
Quelles que soient les statistiques, il est clair que la schizophrénie aura toujours un visage pour ce chercheur. « Lorsqu’on pense aux patients, aux familles… voilà le véritable prix à payer. »