Une gamme de méthodes et de trucs mnémoniques sont utilisés dans l’enseignement du piano, mais l’apprentissage de cet instrument demeure un défi de taille pour les élèves, et la majorité abandonnent au cours de la première année.
Pour comprendre comment et pourquoi certaines personnes réussissent à maîtriser la pratique du piano et d’autres non, M. Gilles Comeau, Ph.D., a créé le premier laboratoire au monde voué exclusivement à l’étude scientifique de la pédagogie du piano.
Ce laboratoire à l’Université d’Ottawa réunit des chercheurs ayant une expertise dans une variété de disciplines. « Pour chaque projet mené au laboratoire, explique M. Comeau, il y a habituellement une équipe de trois chercheurs ou plus provenant de différents domaines : musique, éducation, psychologie, sciences de la santé, technologie de l’information, bio-ingénierie et neurosciences. »
L’approche interdisciplinaire permet de définir de nouveaux secteurs d’intérêt prometteurs. « La dyslexie, par exemple, est un problème qui touche plus de 15 pour cent des élèves dans nos écoles, indique M. Comeau. On peut donc s’attendre à ce que ce problème touche également les étudiants en musique. Mais personne ne s’est jamais penché sur cette question. ».
Les scientifiques au laboratoire travaillent avec une gamme d’outils à la fine pointe de la technologie dont l’achat a été rendu possible grâce à un investissement du Fonds ontarien pour l’innovation. Les caméras vidéos installées dans le studio du laboratoire sont réseautées avec des pianos à queue adaptés à la technologie numérique, des claviers électroniques ainsi qu’un logiciel sophistiqué permettant le suivi et l’analyse de chaque facette de l’apprentissage.
Les chercheurs profitent d’ailleurs de l’accès à cette technologie pour explorer la possibilité d’enseigner le piano à distance, par vidéoconférence à large bande. Des leçons de piano sont déjà offertes sur Internet dans un format simple, mais M. Comeau et ses collègues misent également sur la vue et l’ouïe. « Si vous examinez l’approche traditionnelle – travail sur la posture, production de tons, qualité du son – la vidéoconférence est un outil naturel. » Le laboratoire participe actuellement à un projet mené auprès d’enfants autochtones de cinq et six ans dans le Nord du Québec.
M. Comeau fait également une expérience à la fine pointe de la technologie avec des étudiants en Finlande. Son piano adapté à la technologie numérique et muni de capteurs est relié par une ligne téléphonique spécial à un instrument semblable outre-mer. Ainsi, lorsqu’il montre une technique, l’autre piano reproduit exactement ses gestes. De la même façon, M. Comeau peut également surveiller et évaluer les performances des étudiants finlandais.
Lorsqu’on l’interroge sur la valeur de la recherche, M. Comeau fournit plusieurs réponses. Tout d’abord, et c’est ce qui est le plus important, le travail au laboratoire mènera à l’élaboration de meilleurs outils et stratégies favorisant un enseignement plus efficace. Un plus grand nombre d’étudiants réussiront à apprendre à jouer du piano, et l’expérience d’apprentissage sera plus positive. Les études menées au laboratoire visent également à réduire les microtraumatismes causés par la répétition du mouvement dont souffrent souvent les étudiants. Il y a également une raison de nature économique. Le piano est une des principales activités parascolaires que les parents choisissent pour leurs enfants. De meilleures méthodes d’enseignement pourraient aider à optimiser l’important investissement fait chaque année par les parents canadiens pour que leurs enfants prennent des cours.
Il voit aussi ces travaux dans une optique plus vaste : « Chaque fois que
vous étudiez les mécanismes de l’apprentissage dans un domaine, d’autres en profitent ».