« Certains patients n’ont pas de veine; les médecins sont incapables de les aider à l’heure actuelle. »
En effet, environ 15 % des personnes atteintes de maladie cardiovasculaire – le rétrécissement mortel des vaisseaux sanguins à l’intérieur du cœur en raison de l’accumulation de plaque – ne peuvent être traitées par les méthodes conventionnelles. La maladie est généralement traitée en dilatant les vaisseaux touchés à l’aide d’un cathéter à ballonnet ou en transplantant des vaisseaux sains prélevés ailleurs dans l’organisme. Mais le lieu de la sténose ou l’importance de la lésion peuvent rendre ces deux approches impraticables.
Toutefois, M. Stewart et son équipe de chercheurs au St. Michael’s Hospital à Toronto travaillent à l’élaboration d’une solution prometteuse. En utilisant les installations financées en partie par le Fonds ontarien pour l’Innovation, ils ont élaboré une technique qui consiste à injecter du matériel génétique directement dans le tissu cardiaque pour stimuler la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins.
Dans un premier temps, il s’agit d’utiliser un cathéter de navigation à la fine pointe de la technologie pour créer une carte en trois dimensions de l’activité électrique dans le cœur. « Nous recherchons des régions qui présentent une activité électrique, mais qui ne se contractent pas, explique M. Stewart. C’est le signe d’une absence grave de circulation sanguine. »
En se référant à la carte, les médecins guident un cathéter différent jusqu’à la zone touchée et injectent directement dans le cœur une solution contenant des millions de copies de gènes élaborées en laboratoire qui transportent les instructions nécessaires à la fabrication des protéines qui interviennent dans la croissance des vaisseaux sanguins.
Certains gènes injectés sont absorbés par les cellules de la région touchée du coeur et les transforment en usine de fabrication de la protéine nécessaire. Ainsi, de nouveaux vaisseaux sanguins se développent, et le cœur retrouve en partie sa capacité.
C’est du moins ce qui devrait se passer en théorie. Il faudra attendre la fin de l’étude et la levée de l’anonymat des dossiers avant de procéder à l’évaluation finale. Pour obtenir un résultat objectif, même M. Stewart ne sait pas quel traitement a été administré aux 110 sujets qui ont reçu soit une génothérapie, soit une injection « placebo ».
Les premières indications sont toutefois encourageantes. « L’état d’un grand nombre de nos patients s’est considérablement amélioré », signale M. Stewart. John Moore, un résident de Windsor, ne pouvait pas faire plus que quelques pas avant l’intervention. Aujourd’hui, il s’entraîne chaque jour sur un tapis roulant. « Il entre dans le bureau allégrement, indique M. Stewart. Et il n’est pas un cas isolé. Bon nombre de nos patients sont comme lui. » Mais même s’il reconnaît être habité par un sentiment d’expectative, il refuse ultimement de spéculer sur les résultats. « Nous devrons être patients et attendre de voir les résultats. »
Entre-temps, lui et ses collègues mettent à profit les connaissances acquises durant l’étude de trois ans et les progrès en génétique pour s’attaquer à un autre problème : l’hypertension des vaisseaux qui alimentent les poumons. Cette autre maladie était jusqu’à présent associée à un pronostic mortel. Toutefois, grâce à la génothérapie, une injection pourrait redonner espoir aux patients touchés.