En science, comme dans la vie, on n’obtient pas toujours les résultats qu’on attendait.
C’est ce que Douglas Boreham, Ph.D. et chercheur à la McMaster University, découvre dans le cadre de ses recherches sur le rayonnement à faible dose. M. Boreham s’intéresse au rayonnement produit par les appareils de radiographie médicale et dentaire, les tomodensitomètres utilisés à des fins médicales et d’autres sources auxquelles sont exposés les gens. Et ses observations remettent en question certaines hypothèses répandues concernant la logique arithmétique de l’exposition au rayonnement.

« De nombreuses personnes prétendent que si vous passez chaque année un examen par tomodensitométrie pendant cinq ans, votre risque de cancer augmente de quatre ou cinq pour cent, explique M. Boreham. En apparence, l’argument a du sens, mais il y a un problème : « Cet argument est entièrement fondé sur l’extrapolation des résultats des survivants de la bombe atomique et l’exposition à une dose unique ». Les résultats de recherches de M. Boreham, fondés sur des études menées auprès de patients exposés à un rayonnement dans le cadre de radiographies et d’autres procédures diagnostiques, suggèrent une conclusion différente : l’effet des faibles doses pourrait ne pas être cumulatif du tout.
La logique arithmétique ne tient vraiment plus la route lorsqu’on tente de l’appliquer au rôle du rayonnement dans la production d’anomalies génétiques. Selon les résultats de recherche de M. Boreham, une exposition à une faible dose suivi d’une exposition à une dose élevée peut équivaloir à… aucune exposition. « Chez une souris mâle, l’exposition à une faible dose de rayonnement avant une exposition à une dose élevée permet non seulement réduire la fréquence des transformations génétiques transmises à sa progéniture, mais également de réduire cette fréquence au niveau observé chez une souris qui n’a jamais été irradiée. Ainsi, une dose élevée de rayonnement après une faible dose produit le même résultat que l’absence d’exposition à un rayonnement. »
Toutefois, la réalité n’est jamais aussi simple. La réponse à un rayonnement varie considérablement d’une personne à l’autre, et les facteurs environnementaux peuvent jouer un rôle important. « Il s’agit d’une situation très complexe, avertit M. Boreham. Il faut tenir compte d’un grand nombre de facteurs, et nous tentons de comprendre ce qui se passe. » Ainsi, ses travaux de recherches portent sur un grand nombre de sujets différents. Par exemple, il s’intéresse également aux épreuves de dépistage génétique qui pourraient un jour permettre de prévoir de quelle façon un patient donné répondra à des procédures médicales de radiodétection ou de radiothérapie.
Il pourrait dorénavant être un peu plus facile de trouver des réponses à certaines de ces questions complexes.
Le laboratoire de M. Boreham est maintenant équipé d’un nouvel outil précieux : une microsource de rayonnement destinée à des applications biologiques – une première au Canada – financée en partie par le Fonds ontarien pour l’innovation. Grâce à cette nouvelle technologie, les scientifiques peuvent projeter des particules alpha sur des cibles précises à l’intérieur d’une cellule. Combinée à d’autres outils de haute technologie, tels qu’un système de caryotypage spectral, un cytomètre de flux/trieur de cellules et un système d’hybridation génomique comparative sur microréseaux, la microsource de rayonnement biologique permettra d’approfondir nos connaissances des effets du rayonnement au niveau cellulaire.
M. Boreham s’attend à ce que ces expériences confirment ses observations sur la logique arithmétique parfois étrange de l’exposition à des faibles doses. Mais il n’est pas prêt à prendre position de façon définitive. Il croit que le rayonnement à faible dose n’est pas nuisible et qu’il a des effets biologiques positifs. « Je vais consacrer les dix prochaines années à prouver que j’ai raison. C’est la vie de chercheur. »