« C’était un bâtiment moderne qui portait un habit en tweed. »
L’architecte Bruce Kuwabara décrivait en ces mots le pavillon Hamilton, un bâtiment des années 1930 qu’on lui avait demandé de transformer pour devenir le nouveau domicile du département de mathématiques de la McMaster University.
Le bâtiment avait un style « gothique collégial », qui rappelait les formes médiévales des institutions telles qu’Oxford et Cambridge. Mais derrière une façade extérieure traditionnelle, le bâtiment avait une structure de béton et d’acier entièrement moderne.
Dans son projet de réaménagement, M. Kuwabara a conservé l’habit en tweed, mais a considérable mis à jour l’intérieur moderne. La structure a été percée, et un atrium de quatre étages a été aménagé au centre, entouré de bureaux aux murs de verre. Le résultat de ce réaménagement est l’étonnant James Stewart Centre for Mathematics, nommé en l’honneur d’un éminent ancien membre du département.
Les rénovations – financées en partie par le Fonds ontarien pour l’innovation – sont le reflet de ce que mathématiciens voulaient plus que tout : un endroit pour travailler ensemble. Avant l’inauguration du nouveau centre, les membres du département étaient dispersés sur quatre étages dans deux bâtiments différents, ce qui rendait la collaboration difficile.
« Les gens croient que les mathématiciens sont des personnes très solitaires, indique Bradd Hart, Ph.D. et chef du département, mais des progrès en mathématiques sont réalisés lorsque les gens se parlent. La proximité de vos collègues est essentielle. »
Dans le nouveau centre, les équipes de recherche sont regroupées logiquement autour de leur scientifique en chef respectif, et un collègue n’est jamais très loin. Même les couloirs sont conçus pour favoriser l’interaction. M. Kuwabara a profité des corridors très larges de l’ancien bâtiment pour installer des tableaux et des tables de travail partout dans le Centre. Aujourd’hui, les bureaux sont souvent entourés de nombreux étudiants, et les tableaux sont remplis d’équations.
Le Centre héberge également un café – un élément essentiel selon M. Hart, qui cite un dicton populaire : « un mathématicien est une machine qui transforme le café en théorèmes. » Mais le café ne favorise pas seulement la spéculation abstraite. Il est également le centre d’aide du département, où les assistants à l’enseignement et
les professeurs sont disponibles pour rencontrer les étudiants dans un cadre informel.
Les rénovations ont tout de même fait l’objet d’une certaine controverse. Au début, le journal étudiant a décrié le design, alléguant que « l’aménagement intérieur supermoderne et la majestueuse façade historique sont totalement incompatibles ». Mais un mathématicien et un membre du département ont fourni une réponse sensée, défendant la double nature du Centre. « [Le journal] propose malgré tout une définition extrêmement précise des mathématiques contemporaines. Si l’on remonte aussi loin que les civilisations égyptiennes et babyloniennes, les mathématiques sont de loin la plus ancienne discipline encore enseignée à l’université de nos jours… il est difficile d’imaginer quelque ayant une façade historique aussi majestueuse. »
« Par ailleurs, la longévité des mathématiques s’explique essentiellement par leur capacité de renouvellement pour trouver des solutions aux problèmes modernes d’aujourd’hui. En n’étant pas trop associés à une application particulière, les mathématiciens nourrissent leur curiosité et perfectionnent leurs talents en relevant tous les défis actuels. »