« C’était un entrepôt avant », dit Kari Kramp en désignant d’un geste son laboratoire à la fine pointe, où s’alignent une collection de réservoirs luisants en acier inoxydable, garnis de tuyaux et valves. Les initiés, toutefois, reconnaîtront là un extracteur au CO2 supercritique.
L’extraction est un processus utilisé dans la fabrication d’une vaste gamme de produits, allant de médicaments aux parfums. Elle consiste généralement à diluer une matière brute dans un liquide dans le but de séparer et de récolter une substance ou une essence particulière. Une cafetière est un dispositif d’extraction simple qui utilise l’eau chaude comme solvant pour libérer les composés aromatiques.
Toutefois, les procédés d’extraction plus complexes utilisent souvent des solvants organiques à base de carbone comme l’éthanol et l’hexane. Ils sont efficaces, mais ils peuvent laisser des résidus nocifs dans les matières extraites, et leur manipulation peut poser des risques environnementaux.
L’extracteur au CO2 supercritique permet de régler ces problèmes. « Le dioxyde de carbone est non toxique, explique la professeure Kramp, et puisqu’il ne laisse pas de résidu, on obtient un extrait pur et propre. » Le dispositif pousse du CO2 sous pression à travers d’une matière végétale brute. À haute pression, le gaz atteint un état appelé « supercritique » – un état qui lui confère certaines propriétés d’un liquide, ce qui lui permet d’agir comme un solvant.
La technologie est polyvalente et sans danger pour l’environnement. « Avec les méthodes traditionnelles, explique Mme Kramp, il fallait utiliser plusieurs solvants différents pour extraire les différents composés des végétaux. Avec le CO2, il est possible de modifier les propriétés du solvant simplement en faisant varier la température et la pression. Ainsi, vous pouvez cibler et extraire de façon sélective des groupes de composés. C’est beaucoup plus efficace. »
L’extraction supercritique sert depuis nombre d’année à décaféiner le café, mais les chercheurs du Loyalist College travaillent avec plusieurs partenaires privés à ouvrir de nouvelles avenues au procédé. Bioniche, un fabriquant de produits pharmaceutiques à base de végétaux installé à Belleville, utilise le dispositif pour extraire d’une plante indigène un composé antiviral prometteur. Un autre projet de recherche consiste à extraire de la crevette du Labrador un supplément d’acides gras favorisant une meilleure santé cardiaque.
Le Fonds ontarien pour l’innovation a aidé à financer l’achat de deux extracteurs pour le nouveau laboratoire du Loyalist College – un petit et un moyen. Les deux extracteurs permettent à Mme Kramp et ses collègues d’expérimenter avec des petits échantillons, puis de réaliser des essais sur des quantités plus importantes pour évaluer la viabilité commerciale de la production d’un extrait particulier.
« L’extraction au CO2 permettra d’améliorer considérablement la qualité des produits offerts sur les tablettes », indique Mme Kramp. Mais elle croit également que les recherches menées au Loyalist College produiront un autre avantage de grande portée. « Nous exposons les étudiants à la réalité du travail dans le domaine de la recherche appliquée. Nous formons des jeunes scientifiques et innovateurs pour l’avenir. »