« Pour la majorité des gens, les plaines du sud du Manitoba ne sont rien d’autres que des prairies inoccupées, indique Scott Hamilton, Ph.D. et chercheur à la Lakehead University. De plus, lorsque nous pensons à la région subarctique du nord de l’Ontario, nous ne voyons qu’une région entièrement couverte de forêts. »
Lorsqu’il admire ses paysages, M. Hamilton ne voit pas seulement des roches, des arbres et des mouches noires : il voit des histoires humaines. « Sur les sites archéologiques, j’essaie de reconstruire l’écologie et l’environnement des régions habitées par le passé par les communautés autochtones, explique-t-il. Je veux comprendre quels éléments du paysage étaient propices à certaines activités humaines, particulièrement parce que le choix d’occuper un grand nombre de ces sites dans leur état actuel semble peu logique. »
Pour retrouver des traces de vies d’une époque lointaine, M. Hamilton scrute le paysage à l’aide d’un ensemble d’outils collectivement connus sous le nom de technologies de systèmes d’information géographique (SIG). Grâce à des systèmes précis de positionnement par satellite et à un logiciel de cartographie sophistiqué – de même qu’à des techniques d’excavation traditionnelles et à l’étude des traditions orales – il est en mesure de découvrir des épisodes fascinants de l’histoire du Canada.
À un site au Manitoba, cette combinaison de techniques a permis de découvrir un système élaboré de chasse aux bisons, utilisé par les peuples autochtones il y a mille ans. Les chasseurs rusés utilisaient la topographie naturelle de la région – comme le révèle de façon particulièrement claire les techniques de cartographie de M. Hamilton – pour entraîner les bisons sans méfiance dans un enclos caché le long d’un marécage où des humains pouvaient s’occuper d’eux.
« Nous vérifions des hypothèses concernant la façon dont les Autochtones utilisaient le paysage pour influer sur le comportement des bisons », explique M. Hamilton. L’équipe a même modélisé les « points de vue d’un bison » pour recréer ce que les animaux pouvaient voir – et plus important encore, ce qu’ils ne pouvaient pas voir – lorsqu’ils s’approchaient des pièges.
M. Hamilton utilisent également les technologies des SIG pour trouver des réponses à des questions de nature anthropologique dans le nord de l’Ontario. L’équipement du Geospatial Analysis Research Centre à la Lakehead University – financé en partie par le Fonds ontarien pour l’innovation – est également utilisé par d’autres scientifiques que se penchent sur des enjeux des temps modernes aussi diversifiés que la puissance du vent et les espèces en voie de disparition.
N’allez toutefois pas croire que les recherches de M. Hamilton n’ont pas leurs propres applications contemporaines. Il travaille avec les peuples autochtones pour documenter une riche tradition orale de l’utilisation des terres. Ceci aide à poser les premiers jalons de l’élaboration de programmes d’éducation sur la culture autochtone, de l’intégration de l’utilisation des terres par les Autochtones et des domaines adaptés à la culture dans la planification de l’utilisation des terres et peut-être également de nouveaux types de tourisme dans le nord de l’Ontario axé sur l’histoire autochtone. De plus, en développant une perspective à plus long terme de l’histoire de l’utilisation des terres au Canada, M. Hamilton contribue à l’important débat sur notre place dans l’environnement naturel d’aujourd’hui – et de demain.