Saviez-vous que les poissons ont des oreilles? Ou que leurs oreilles peuvent contenir des indices sur l’état de l’environnement?
Cela n’est certainement pas un secret pour Brian Fryer de l’Université de Windsor, qui se spécialise dans l’analyse de l’otolithe (tissu osseux de l’oreille d’un poisson).
« On peut faire une analogie avec les anneaux de croissance des arbres, explique M. Fryer. Un nouvel anneau se forme chaque année. Il en va de même pour les otolithes des poissons. Chaque anneau reflète l’environnement de vie du poisson à ce moment-là. »
À l’aide d’un laser de haute précision, M. Fryer peut vaporiser un échantillon d’une seule couche d’otolithe mesurant entre trois et cinq millionièmes de mètre – ce qui équivaut à une journée de croissance chez un jeune poisson. Aussi mince soit-il, cet échantillon peut être analysé dans un spectromètre de masse et révéler des traces de l’environnement chimique qui entourait le poisson ce jour-là. Il suffit d’analyser une série d’échantillons de différentes couches d’otolithe pour obtenir une chronique chimique de toute la vie du poisson.
M. Fryer peut alors jouer au détective scientifique et combiner l’information extraite du « journal » de l’otolithe avec sa connaissance des mouvements migratoires de l’espèce pour déduire les conditions chimiques qui existaient à différents points du parcours suivi par le poisson – et repérer les premières traces de contamination.
M. Fryer poursuit ses recherches au Great Lakes Institute for Environnemental Research (GLIER), dont il est directeur. L’institut favorise une approche résolument interdisciplinaire afin de mieux comprendre l’environnement des Grands Lacs. « On reconnaît aujourd’hui le caractère multidimensionnel des enjeux environnementaux », ajoute M. Fryer. L’institut rassemble toutes sortes de scientifiques, qui travaillent ensemble sous un seul toit. À l’aide d’une panoplie d’outils financés en partie par le Fonds ontarien pour l’innovation, ceux-ci étudient l’environnement des Grands Lacs du point de vue d’un vaste éventail de disciplines allant de la microchimie – domaine de M. Fryer – à l’analyse génétique en passant par les sciences de la Terre telles que la sismologie.
« Nos physiciens s’amusent avec des lasers aux côtés de généticiens occupés à des analyses d’ADN, dit M. Fryer en riant. C’est le genre d’environnement qui nous fait découvrir de nouvelles avenues à explorer et qui nous aide à reconnaître les compétences requises pour aller de l’avant. »
Au sujet de l’importance ultime des recherches réalisées à l’Institut, M. Fryer devient un peu plus sérieux : « L’eau douce est probablement notre plus importante ressource à l’échelle du globe. Lorsque viendra le moment de prendre des décisions touchant cette ressource, nous aurons besoin d’un ensemble de connaissances scientifiques pour nous assurer de prendre les bonnes décisions. »