Le chimiste Mitchell Winnik, de la University of Toronto, dit en riant qu’il avait coutume d’intituler ses exposés « Watching Paint Dry »—littéralement, regarder la peinture sécher. « Mais cette description de ma recherche me semblant beaucoup trop excitante, je me contente aujourd’hui de dire que je regarde la peinture sèche vieillir. »
C’est là une description très modeste de la recherche de pointe que M. Winnik mène sur le comportement moléculaire des films polymères au Centre for Nanostructured Polymeric and Inorganic Materials, centre voué à l’étude des matériaux polymériques et inorganiques nanostructurés à la University of Toronto. En fait, M. Winnik a été l’un des premiers à étudier les enduits au moyen de nanotechnologies. Les résultats de ses recherches ont permis aux fabricants de peinture de finalement comprendre ce qui se passe vraiment dans leurs produits quand on les applique et qu’ils commencent à sécher.
Les travaux de M. Winnik ont déjà eu d’importantes retombées économiques et écologiques pour l’industrie des enduits. Un de ses objectifs a été de trouver des solutions de rechange aux solvants organiques incorporés aux peintures. Les solvants assurent un séchage optimal, ni trop lent ni trop rapide, mais ils sont volatiles et contribuent de ce fait à la pollution atmosphérique. Une compréhension plus poussée de leur rôle (grâce aux connaissances scientifiques et à la patience de M. Winnik) a mené à l’élaboration de peintures écologiques sans solvants organiques.
Les découvertes de M. Winnik en chimie des polymères aideront peut-être un jour les constructeurs de véhicules automobiles à résoudre un problème qui les préoccupe depuis longtemps : comment faire adhérer la peinture au plastique. Au lieu de considérer uniquement celle-ci, M. Winnik utilise un matériel sophistiqué d’imagerie lui permettant d’étudier l’interaction complexe entre la peinture et le plastique à leur point de rencontre—une couche d’un micron (un millionième de mètre). Grâce à ses travaux, les pare-chocs et d’autres pièces garderont peut-être beaucoup plus longtemps leur fini, ce qui se traduira par une diminution des réclamations sur garantie et, conséquemment, par des économies pour les fabricants et, en bout de ligne, les consommateurs. Ils devraient aussi faciliter le recyclage de ces pièces, ce qui bénéficiera à l’environnement.

Les structures étudiées par M. Winnik mesurent aussi peu que 50 nanomètres. À titre de comparaison, un cheveu humain mesure 80 000 nanomètres. Les recherches à cette échelle nécessitent un matériel d’imagerie, acquis en partie grâce à une subvention du Fonds ontarien pour l’innovation. Le matériel sert à divers autres travaux au Centre for Nanostructured Polymeric and Inorganic Materials, que dirige M. Winnik. « Le centre a été créé pour répondre aux besoins de chercheurs aux intérêts variés. » Certains des collègues de M. Winnik utilisent par exemple le même matériel d’imagerie pour étudier le stockage d’information à haute densité sur films polymères et la régénération des os et nerfs au moyen de lamelles spéciales en plastique.
Tous ces travaux aideront l’Ontario à rester concurrentielle. M. Winnik se décrit comme un « fournisseur » de savoir. Le rôle des chercheurs est, selon lui, de « mettre à la disposition des entreprises des connaissances qui leur semblaient jusque là inaccessibles. Ensuite, c’est à elles de mettre à profit ces connaissances pour mieux inventer. »
Quelles que soient leurs applications nanométriques—des nouvelles peintures automobiles aux innovations biotechnologiques—les recherches du centre contribueront à la compétitivité macrométrique de l’Ontario sur le marché international.