Elle veut donner plus de mordant à la théorie de l’évolution
Le comportement reproducteur de la veuve noire d’Australie (Latrodectus hasselti) laisse perplexe. Maydianne Andrade, de la University of Toronto, compte cependant jeter grâce à lui un peu plus de lumière sur les mécanismes de notre évolution.



Les noces de la veuve noire d’Australie sont brèves. Durant la copulation, le mâle pirouette de sorte à se retrouver dans les crochets de la femelle, qui le dévore aussitôt.

Ce cannibalisme peut nous sembler étrange, mais il constitue néanmoins une stratégie efficace de reproduction. En effet, pendant qu’il se fait manger, le mâle continue de transférer son sperme : le temps que la femelle met pour le digérer assure souvent la réussite de la fécondation.

Chercheuse à la University of Toronto (campus de Scarborough), Maydianne Andrade est spécialisée en biologie évolutionniste et s’intéresse plus particulièrement à l’évolution des appareils reproducteurs. Sa fascination pour la veuve noire d’Australie dure depuis une décennie. L’araignée est un sujet de recherche idéal à cause de son singulier comportement sexuel : le mâle a une seule chance de féconder la femelle. Au contraire, « quand une espèce a de multiples possibilités d’accouplement, il devient compliqué de tester vos théories reproductives, parce qu’il est difficile d’anticiper toutes les conditions d’accouplement. »

En éliminant certaines variables de l’équation, Mme Andrade et ses collègues peuvent mieux distinguer comment apparaissent les stratégies reproductives et les adaptations. Par exemple, une étude récente a révélé que, chez les veuves noires, le mâle atteint plus rapidement la maturité sexuelle quand il y a des femelles à proximité. Cette maturation sexuelle hâtive s’effectue aux dépens de de sa masse corporelle et de sa force. Mais, ainsi que le souligne Mme Andrade, la masse corporelle a pour but d’assurer la survie du mâle jusqu’à son accouplement. Pourquoi celui-ci se préparerait-il physiquement à une longue quête nuptiale s’il flaire une femelle à proximité?

L’observation des araignées demande une patience de moine, même en laboratoire, où les conditions sont contrôlées. Le financement accordé par le Fonds ontarien pour l’innovation a été crucial. En effet, il a permis de créer des installations capables d’héberger des milliers d’araignées. « C’est l’Australie dans le sous-sol! » explique la chercheuse. Le financement du Fonds a également financé l’acquisition de matériel vidéo et d’un logiciel sophistiqué d’analyse d’images qui permet de suivre et d’analyser à l’écran l’activité de multiples araignées.

« Elles sont pour moi une source de fascination constamment renouvelée », affirme Mme Andrade à propos de ses sujets à huit pattes. « J’étudie ces créatures depuis maintenant un peu plus de dix ans, et chacune de mes découvertes soulève de nouvelles questions. »

Mais pourquoi au juste s’intéresser au comportement sexuel d’araignées?

Mme Andrade explique : « Nous explorons la théorie de la sélection sexuelle, ce qui pourra notamment aider à raffiner notre compréhension de la fertilité et du succès de fécondation chez d’autres espèces. Si nous parvenons à déterminer quels facteurs influent sur la production du sperme et son utilisation en tant que stratégie d’évolution, un jour, nous pourrons peut-être appliquer ces connaissances à notre étude de la fertilité des animaux de ferme voire de la fertilité humaine. C’est de la recherche fondamentale, un type de recherche essentielle afin de clarifier les rouages de la théorie. »

« La théorie de la concurrence spermatique a, de fait, été appliquée aux humains », dit Mme Andrade. Elle marque une pause et ajoute avec un sourire : « abstraction faite du cannibalisme, bien sûr! ».

Projet : Modeling the Evolution of Mating Systems: Multi-level Analysis of Red-back Spider Behaviour
Institution : University of Toronto Scarborough Campus
Disciplines : Environment/Evolution and Ecology
Chercheur principal : Maydianne Andrade
Investissement du Fonds ontarien pour l'innovation : 69 998 $
Investissement de la Fondation canadienne pour l'innovation : 69 998 $
Investissement global dans la recherche, toutes les sources
de financement confondues :
174 996 $

 

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Pourquoi la recherche?

Pourquoi l’Ontario devrait-elle soutenir la recherche de pointe? Voici ce qu’en pense Maydianne Andrade : « La recherche nous procure de multiples avantages. Il y a bien sûr les applications directes dans divers domaines, mais la recherche permet également de former d’excellents étudiants. Apprendre à penser en scientifiques les oblige à sortir des sentiers battus. Même si ces diplômés ne se dirigent pas vers la recherche pure,

ils pourront appliquer ailleurs les habitudes de raisonnement critique apprises au contact des chercheurs. Et je pense que nous gagnons à enrichir ainsi notre base de connaissances. »