Suicides et tireurs d’élite
Nos cellules s’autodétruisent chaque jour par milliards. Tak Mak du Réseau universitaire de santé cherche des moyens de mettre cette impulsion suicidaire au service de la lutte contre le cancer.

Notre organisme recèle un monde de violence. Chaque jour, des milliards de cellules sont marquées pour la mort, traquées et tuées. Des milliards d’autres se suicident.

Ce carnage, tout intimidant soit-il, est ce qui nous tient en vie. Les meurtres sont commis par notre système immunitaire, tandis que les suicides éliminent les cellules malades ou devenues inutiles. Les cellules suicidaires pourraient même détenir la clé de nouveaux traitements puissants contre le cancer.

Tak Mak, un chercheur en cancer, a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle à étudier le système immunitaire. En fait, c’est M. Mak qui, en 1984, a été le premier à décrire le mécanisme par lequel les récepteurs qui se trouvent à la surface des « lymphocytes T » du système immunitaire détectent les agents pathogènes envahissants tels que les virus.

À l’heure actuelle, M. Mak cherche à comprendre comment et pourquoi nos propres cellules se suicident. Toutes les cellules saines contiennent un code d’autodestruction qui est automatiquement déclenché lorsqu’elles tombent malades ou qu’elles ne sont plus nécessaires. Si le code omet de s’exécuter, les cellules environnantes ou les agents du système immunitaire peuvent appliquer la peine de mort. Ce processus est connu sous le nom d’apoptose ou «  mort cellulaire programmée » et entraîne la destruction naturelle de 50 à 70 milliards de cellules par jour dans notre organisme.

La plupart des cancers découlent d’un échec de l’apoptose, qui permet aux cellules malades de se multiplier et de former des tumeurs. M. Mak parle de cellules « mal branchées », et l’une de ses principales initiatives de recherche vise à découvrir l’origine de ce phénomène. « Une fois que nous aurons compris ce qui se passe, dit-il, nous pourrons injecter une drogue capable de réparer les connexions. » Ces drogues « tireurs d’élite » – un terme approprié à l’univers violent dans lequel les cellules évoluent entre la vie et la mort – réparent les mécanismes défectueux de suicide cellulaire qui permettent aux cancers de proliférer. Cette approche évite ce que M. Mak qualifie, à juste titre, de « dommages collatéraux » de la chimiothérapie, qui ne fait pas de distinction entre les cellules cancéreuses et les cellules saines.

Mais la tâche de comprendre le fonctionnement et les ratés de l’apoptose est loin d’être simple, comme l’explique M. Mak : « Nous commençons par séparer les cellules cancéreuses et nous découvrons, à notre grande consternation, que les connexions défectueuses sont différentes chez chaque patient. Nous essayons alors de repérer les problèmes les plus courants et de nous y attaquer. »

Malgré la complexité de la tâche, des drogues tireurs d’élite commencent à apparaître sur le marché. Cette approche permet aujourd’hui de guérir plusieurs formes de leucémie. M. Mak refuse d’écarter la possibilité d’une percée dans les mystères de l’apoptose qui pourrait
révolutionner la conception des médicaments et le traitement du cancer. « Nous pourrions être chanceux mais, en général, nous avançons un pas à la fois. »

Projet : Advanced Medical Discovery Institute: Genomic Instability and Cancer Cell Survival
Institution : University Health Network
Disciplines : Health Sciences
Chercheur principal : Tak Mak
Investissement du Fonds ontarien pour l’innovation : 6 891 000 $
Investissement de la Fondation canadienne pour l’innovation : 10 000 000 $
Investissement du Fonds pour la recherche en Ontario : 3 109 000 $
Investissement global dans la recherche, toutes les sources
de financement confondues :
25 000 000 $

 

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