« Pour vous donner une idée de l’isolement du laboratoire PEARL (Polar Environment Atmospheric Research Laboratory), disons simplement que l’île Devon – utilisée pour la simulation des conditions sur Mars – se trouve au sud », explique James Drummond, directeur de ce laboratoire de recherche atmosphérique sur l’environnement polaire.
Situé à l’extrémité septentrionale de l’île Ellesmere, à environ 1 100 kilomètres du pôle Nord, dans l’Arctique canadien, le laboratoire PEARL est l’endroit idéal où mesurer les changements survenant dans l’atmosphère terrestre. Il se trouve loin de toute activité humaine susceptible d’influencer les observations, et les conditions extrêmes qui y règnent facilitent la détection des tendances atmosphériques. « C’est dans les endroits extrêmes comme le Grand Nord qu’il faut étudier les changements atmosphériques, ajoute M. Drummond, car c’est là que les tendances se manifestent en premier. »
Pour aider les scientifiques à repérer et à mesurer ces changements, le laboratoire PEARL est équipé d’appareils sophistiqués et sensibles, dont un système lidar – ou système radar à laser – qui permet aux chercheurs de sonder les conditions atmosphériques à 30 kilomètres d’altitude. L’équipement ainsi que la rénovation du bâtiment – une ancienne station de recherche météorologique – ont été financés en partie par un investissement du Fonds ontarien pour l’innovation.
Les observations recueillies au laboratoire PEARL aideront à comprendre les changements atmosphériques à l’échelle du globe. « Pour comprendre l’environnement, il faut mesurer les paramètres environnementaux, déclare M. Drummond. Sinon, même avec les meilleurs modèles du monde, vous ne tomberez jamais dans le mille. Si vous voulez savoir ce qui s’est produit en 2005, vous devez avoir recueilli les données pertinentes en 2005 parce qu’il est impossible de retourner en arrière. »
M. Drummond cite en exemple la découverte d’un trou dans la couche d’ozone au-dessus de l’Antarctique, dans les années 1980, qui a révélé l’amincissement général de la couche d’ozone entourant la Terre. « Il ne s’agissait pas d’une prédiction mais d’une découverte. En l’absence d’observations sur une longue période, nous n’aurions pas su ce qui se passait. La science est incapable de prédire avec certitude le prochain problème environnemental. Nous sommes ici pour le découvrir. »
M. Drummond reconnaît la difficulté de faire valoir l’importance de recueillir ces données. « Même si je ne prends aucune mesure, personne ne s’en portera plus mal demain matin. » Alors pourquoi cela est-il si important? Sa réponse tient en peu de mots : « Inspirez. Expirez. »