Un enfant cherche son air. On fouille poches et tiroirs de cuisine à la recherche de son inhalateur. Une bouffée du médicament lui procure un soulagement rapide.
La scène est de plus en plus fréquente. L’incidence de l’asthme augmente d’environ 50 p. 100 par décennie dans le monde, une augmentation toutefois concentrée dans les pays industrialisés et urbanisés. Au moins 12 p. 100 des jeunes canadiens ont été diagnostiqués comme asthmatiques.
Le Dr Paul O’Byrne en connaît long sur la maladie et dérive une partie de ses connaissances de son propre vécu. « Enfant, j’étais asthmatique. Ce n’est pas un aspect très jojo de mon enfance... C’est probablement à cause du souvenir de mes crises d’asthme que j’ai choisi de me spécialiser en médecine respiratoire. » Aujourd’hui directeur du Firestone Institute for Respiratory Health, à Hamilton, le Dr O’Byrne mène avec ses collègues des recherches qui pourraient bien éviter pareilles expériences aux enfants de demain.
Les chercheurs de cet institut attaquent l’asthme—et d’autres maladies respiratoires—sous plusieurs angles. Une de leurs récentes études, fondées sur des données du monde entier, examinait la recrudescence de l’asthme en début d’année scolaire. Elle a permis de mieux comprendre les causes du phénomène et de formuler des stratégies de prévention. D’autres ont pour but d’élucider les causes des maladies respiratoires à l’échelle cellulaire et moléculaire ainsi que de trouver des pistes pour leur traitement et leur prévention. Certaines visent par ailleurs l’élaboration et l’évaluation de nouveaux médicaments et de nouvelles interventions chirurgicales. Une panoplie d’outils sophistiqués, dont l’achat a été financé en partie par le Fonds ontarien pour l’innovation, permet aux chercheurs de rester à l’avant-garde.
« Nos domaines de recherches couvrent tout le spectre », dit le Dr O’Byrne, « de la génétique à la biologie moléculaire, sans oublier les soins cliniques ».
Le projet le plus ambitieux de l’institut est probablement l’étude récemment entreprise sur les facteurs déterminant de l’asthme, qui suivra 10 000 jeunes canadiens de la petite enfance jusqu’au milieu de leur adolescence. Si elle n’est pas la première en son genre, l’étude se distingue du fait qu’elle considère l’explosion des connaissances en génétique et en immunologie survenue au cours des cinq dernières années.
Le Dr O’Byrne surveillera de près les progrès de l’étude. Ses propres travaux portent sur les facteurs ambiants qui peuvent contribuer à l’asthme, comme les acariens, le pollen et les produits de desquamation. « Nous croyons qu’une exposition régulière à ces allergènes contribue au déclenchement de l’asthme. Nous voulons comprendre les mécanismes sous-jacents et leur raison d’être. Nous voulons en quelque sorte découvrir le “commutateur” de l’asthme. »
Tous ces efforts, pourraient-ils reléguer aux livres d’histoire ce fléau qui a empoisonné l’enfance de Paul O’Byrne? « Je suis beaucoup plus optimiste aujourd’hui que je ne l’étais il y a cinq ou dix ans », répond l’intéressé. « Nous avons une bien meilleure idée de ce qui déclenche l’asthme chez les enfants et les nouveau-nés. Quand nous comprendrons parfaitement ces causes, alors nous tiendrons peut-être notre « commutateur »... et un moyen d’intervenir tôt pour empêcher l’apparition de l’asthme. Nous avons encore du chemin à faire! mais je constate une grande volonté de réussir, et ça, ça me donne espoir. »